Conférenciers

Philippe MEIRIEU

a très tôt milité dans des mouvements d'Education populaire. Après des études de philosophie et de Lettres à Paris, il a été successivement professeur de français en collège et de philosophie en terminale, avant de prendre des responsabilités pédagogiques et administratives : directeur de l'Institut des sciences et pratique de l'éducation et de la formation de l'Université LUMIERE-Lyon2, directeur de l'Institut national de recherche pédagogique, directeur de l'Institut universitaire de formation des maîtres de l'Académie de Lyon). Il a soutenu une thèse d'Etat es Lettres et Sciences humaines en 1983, et est aujourd'hui professeur des universités émérite en sciences de l'éducation. A côté de ses engagements pédagogiques, il a été vice-président de la Région Rhône-Alpes délégué à la Formation tout au long de la vie, de 2010 à 2015.

Conférence d’ouverture : « l’altérité dans l’enseignement supérieur »

Il a consacré ses premiers travaux scientifiques à la question de l’interaction entre pairs dans les apprentissages et au travail en groupes. Il s’est ensuite intéressé à la « pédagogie différenciée » : avec l’objectif majeur de différencier sans exclure, il a mené de nombreuses recherches sur le « collège unique » et ses conditions de réussite, puis, plus largement, sur la dialectique entre l’impératif de la transmission et la singularité de l’appropriation des savoirs. C’est ainsi qu’il en est venu à étudier la place du sujet dans le processus éducatif et à travailler sur les rapports entre éthique et pédagogie : dans ce cadre, il a attaché beaucoup d’importance à la question de l’altérité.
Il s’est également intéressé à l’histoire des doctrines pédagogiques et a conduit une réflexion approfondie sur le statut épistémologique du discours pédagogique, montrant qu’il constitue toujours un équilibre fragile entre des finalités (un pôle axiologique), des étayages scientifiques (un pôle de connaissances positives) et des institutions et outils pour agir (un pôle praxéologique). La question de l’altérité sera, bien évidemment, inscrite dans ce schéma.

 

 

Mathieu HAINSELIN

est psychologue spécialisé en neuropsychologie et Maître de Conférences en Psychologie Expérimentale à l’Université de Picardie Jules Verne. Ses recherches portent sur la mémoire, particulièrement liée à l’action, et la métacognition chez des enfants et adultes, jeunes ou âgés. Après avoir centré ses travaux sur l’évaluation et l’accompagnement de patients avec une atteinte cérébrale, il utilise son expertise pour mettre en place des projets visant à améliorer l’apprentissage tout au long de la vie. En particulier, il s’agit de prendre en compte les biais cognitifs alimentant les mythes sur l’apprentissage et de promouvoir les approches pertinentes basées sur des preuves, tout en développant des approches innovantes comme l’improvisation.
Contact : mathieu.hainselin@u-picardie.fr Twitter : @MHainselin

Conférence : « les mythes de l'apprentissage et les biais cognitifs »

« Les étudiants oublient tout d’un semestre à l’autre », « je révise toujours avec cette méthode parce que ça marche pour moi » ou « on n’utilise que 10% de notre cerveau » : certains de ces poncifs pédagogiques de l’enseignement supérieur sont le centre de nombreuses discussions, parfois passionnantes, souvent passionnées. Dans cette conférence, ces questions (et quelques autres) seront abordées, et des réponses, basées sur les recherches scientifiques en Psychologie et Neurosciences, seront apportées avec des propositions pratiques et concrètes pour apprendre mieux.

 

 

Marc LEGRAND

est un ancien mauvais élève : « issu d’une école que j’ai d’abord voulu quitter à l’adolescence pour aller travailler chez le réparateur de cycles car je trouvais que faire revivre des mécaniques intelligentes devenues défaillantes était infiniment plus enrichissant et créatif que de continuer à " tirer aveuglément la valeur des  x  et des  y " en effectuant des calculs sans autre signification que d’être ce qu’il faut savoir faire, je suis paradoxalement devenu enseignant-chercheur en mathématiques.

Ce retournement a été possible parce que j’ai eu le privilège d’avoir un père philosophe et montagnard, ce qui m’a permis de découvrir qu’il valait la peine de s’investir dans des spéculations intellectuelles gratuites qui, comme parcourir une face vertigineuse, ne servent a priori à rien en soi et néanmoins vous ouvrent l’esprit, le cœur et le sens pratique sur quasiment tout, si on les vit intensément avec sa tête, sa sensibilité et ses tripes.

Mes recherches ultérieures en pédagogies et en didactique des mathématiques à l’IREM* de Grenoble m’ont progressivement permis de mettre des mots sur ce que j’avais confusément ressenti vers 13 ans dans mon obstination à refuser d’apprendre à l’école : l’école et nombre de ses  élèves se détestent mutuellement quand l’étude collective ne vise pas d’abord "à comprendre  le monde qui nous entoure", et ce en partie parce qu’on se refuse pour réussir ce formidable projet humaniste des Lumières à affronter le paradoxe de l’altérité : nous les humains, sommes mêmes et différents. »

Profondément mêmes et profondément différents !   

A l’école, on peut être même ou différent sur les apparences mais pas vraiment en profondeur. Pour être même il suffit de dire et faire comme le professeur l’indique, peu importe si ce qu’on a appris ne nous éclaire pas pour aborder la complexité du monde ; on peut aussi manifester sa différence par des préférences de matières, mais pas en manifestant bruyamment son désir de pouvoir enfin comprendre ce que la culture cache derrière des formalismes qui deviennent "absurdes"  pour qui ne les voit pas comme les vecteurs d’un sens à partager.

Conférence : « le débat scientifique en classe »

« Dans cette conférence, j’essayerai de montrer pourquoi dans un débat où "pour comprendre, on cherche à se comprendre" on peut replacer le paradoxe de l’altérité comme moteur de l’école : ne plus voir nos vraies différences comme ces grains de sable qui bloquent les mécanismes d’apprentissage collectif, mais au contraire comme ces trésors, ces pierres précieuses qui, une fois dégagées de la gangue des pratiques pédagogiques qui les étouffent, deviennent le fondement, l’âme même d’un enseignement scientifique qui soit profondément philosophique pour tous. »

*IREM Institut de Recherche sur l’Enseignement des Mathématiques